Ça se soigne ?
Mais un banal feu tricolore va provoquer sa chute ! Il sombre dans la dépression, [...] c'est le début du cauchemar pour tous ses amis.
Ne cherchez pas, je ne suis pas au générique de ce film. Normal, car je n'en ai pas composé la musique.
Ou plutôt, j'ai composé des maquettes, mais elles n'ont pas, disons, convaincu...
J'ai donc été remplacé par de jeunes et obscurs compositeurs : Mozart, Verdi, Saint-Saëns, Beethoven, entre autres.
Pourtant je l'aimais bien cette musique ; alors je vous la livre, telle que je l'ai soumise au réalisateur Laurent Chouchan.
Si vous ne parvenez pas à entendre les musiques, allez voir cette page
1 - Jonction séquences 20 et 21 - thème principal
Ce devait être un des thèmes du film. Le personnage
principal étant chef d'orchestre, mon idée était que la
musique originale devait contraster avec l'ambiance
symphonique des musiques de l'univers réel du film.
Je voulais ce contraste aussi dans le choix des timbres et
des instruments, sons synthétiques et instruments
improbables, comme vous l'entendrez par la suite.
En fait, je voulais faire entendre ce qui peut se passer
dans la tête d'un musicien qui devient dépressif : timbres
étranges, agaçants, et idées qui tournent en rond jusqu'à
l'obsession.
En passant, dites-moi, compositeur dépressif,
c'est un pléonasme, non ? Mmmm...
Les voix que vous entendez sont les voix des comédiens, ici Thierry Lhermitte, Julie Ferrier et Isabelle Gélinas. Je procède souvent ainsi pour faire écouter des maquettes. Cela montre aussi l'attention que le compositeur doit avoir quant au rythme des dialogues. Parfois il faut laisser la musique respirer pour accentuer certaines phrases clefs...
2 - Jonction séquences 16 et 17
Un scénario est découpé en séquences. Souvent la musique
de film lie la fin d'une séquence et le début de la
suivante. Cela fait comme une sorte de joint entre deux
pierres contiguës d'un mur qu'on dresse.
Ici, premier "instrument" bizarre : il existe des boules de
relaxation, dites chinoises, qu'on doit rouler dans ses
paumes sans faire tinter le petit morceau de métal qui se
trouve dans leurs corps. C'est ce son, cristallin et en
même temps énervant, dont je me sers.
3 - Séquence 22
Nouvel instrument ici, une sorte d'Imzad que je possède, et
dont je joue très mal, et justement, c'est ça le truc !
J'adore tirer des sons bizarres d'instruments que je ne
maîtrise absolument pas...
4 - Séquence 27
La bizarrerie continue. Deux nouveaux instruments :
- une flûte à piston en plastique
- un gadget à touriste qu'on trouve, entre autre, au Brésil
: il s'agit d'un petit tambour auquel sont attachés deux
coquillages au bout d'un fil de longueur adéquate ; le tout
fixé à une baguette de section ronde. On fait tourner la
baguette entre les paumes des deux mains, comme quand on
fait un boudin avec de la pâte à modeler. Les coquillages
volent et viennent frapper le tambour, au rythme du
mouvement des mains. (Jamais je n'ai utilisé autant de
mots pour décrire un instrument aussi crétin...)
Tous ces timbres ont dû finir par
décontenancer le réalisateur ;
il m'a d'ailleurs demandé pourquoi j'avais composé de la
musique chinoise...
5 - Jonction séquences 29 et 30
Une des convictions que j'ai, c'est que la comédie, que
ce soit au théâtre ou au cinéma, n'interdit pas l'émotion,
et même au contraire la favorise. Mais il est en fait assez
difficile de faire passer cette idée auprès de certains
réalisateurs, metteurs en scène, ou producteurs... Non non,
une comédie ça doit faire rire, ha ha ha, et une tragédie
pleurer, snirf snirf snirf.
Je crois donc que j'aurais eu du mal à faire passer cette
musique-là.
6 - Boîte de nuit
C'est la seule musique que j'ai réalisée qui est
utilisée dans ce film, me valant donc le droit d'être
crédité sur la fiche de l'IMDB.
Oui, ça m'a beaucoup amusé de faire cet arrangement !
Il faut pourtant dire que le thème de cette musique n'est pas terrible. Jamais ça ne fera un succès, croyez-moi.